AREMORS
Association d’histoire sociale de l’Estuaire

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Publication en ligne du texte intégral du cahier n°5 de l’AREMORS La Poche de Saint-Nazaire du 4 août 1944 au 11 mai 1945 Co-auteurs : J.Aubin, R.Gautier, M.Mahé et J-Y Martin

Le 8 mai 2005

A l’occasion du 60ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, l’AREMORS met en ligne gratuitement le texte intégral de sa brochure n°5 : "La Poche de Saint-Nazaire", publiée en 1980 et rééditée en 1995.


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La Poche de Saint-Nazaire
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La Poche de Saint-Nazaire
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Préface de Jean AUBIN

Étrange temps que celui de la Poche ! Face à un occupant qui fait déjà figure de vaincu, les Nazairiens, la plupart exilés de leur ville, sont enfermés, continuent à résister, alors que leurs compatriotes sont engagés dans la lutte finale contre le nazisme. La libération de Saint-Nazaire coïncide avec la victoire, mais la France a depuis longtemps déjà un nouveau visage, aux couleurs de l’insurrection et, encore, de l’espoir dans les lendemains qui chantent.

Le grand port a joué de malchance. Il intéressait trop les Allemands, satisfaits de conserver un point d’appui sur nos côtes, pas assez les Américains, plus soucieux de vaincre rapidement l’Allemagne que de libérer une France qui refuse l’AMGOT [1] Ensuite, il est impossible de consacrer trop de soldats français à la surveillance et à la libération de la Poche.

La fermeture, d’ailleurs, en est progressive, permettant à certains habitants de la périphérie de s’en aller. Ceux qui restent là connaissent toutes les misères des empochés, avec, en plus, les risques de la guerre. Personne n’échappe aux exactions des Allemands, les communes périphériques souffrant de leurs pillages, tandis que, dans l’intérieur, quelques crimes sont commis.

Et la Résistance ? Ce n’est pas à l’usine qu’il faut vraiment la chercher car, la classe ouvrière étant dispersée, réduite en nombre par les évènements et même partiellement assistée, la Poche prend les allures d’un camp de travail au service de l’organisation Todt. Il faut donc se tourner vers l’armée clandestine des F.F.I./F.T.P.

La Résistance profite de ce que les frontières de la Poche ne sont pas étanches ; elle s’organise si bien en liaison avec l’extérieur que certains F.F.I. et F.T.P. choisissent de rejoindre ceux qui encerclent le réduit. Division du travail : ceux de l’intérieur préparent l’arrivée des libérateurs. Les passeurs se dévouent pour renseigner les Alliés, sauver leurs aviateurs, aider les déserteurs. Des consignes viennent du dehors, des responsables sont désignés, de Nantes, pour assumer la direction de la résistance, façon de confirmer la présence de la France.

L’occupant, malgré ses liaisons maritimes, est finalement pris au piège, comme l’a été l’occupé ; l’un et l’autre ont des difficultés à subsister, mais les Allemands, en raison de la charge numérique qu’ils représentent, et du fait que le marché noir détourne à leur profit une partie du ravitaillement, accroissent les difficultés des Français. Pour chacun des deux protagonistes l’autre est un poids : l’occupant accepte donc les évacuations de civils… et l’occupé a hâte de le voir partir.

Ce moment de la libération, faut-il l’attendre, comme le fameux jour J, ou le préparer activement ? Les divergences existent toujours au sein de la Résistance : il y a ceux dont l’activité est tout entière tournée vers le renseignement et ceux, tels Jean de Neyman et les hommes de son groupe, qui considèrent que l’action doit être multiple, incluant le sabotage et l’attaque contre les Allemands. Les F.T.P., qui ont toujours prôné l’action de masse immédiate, ne se fondent pas complètement dans les F.F.I., acceptent un commandement commun, mais gardent leur responsable propre, Le Conte !.

On ne peut oublier que la guerre continue ; les combats de décembre 1944, au sud de la Loire, notamment à la Sicaudais, en témoignent, ainsi que du lien qui unit ce front "secondaire" à celui des Ardennes. Cependant les ultimes combats sont épargnés à la population, la capitulation du Reich hitlérien survenant juste à temps.

A la Libération, il apparaît que rien n’est joué. La fête ne peut ni d’elle-même résoudre les problèmes, ni dissimuler les clivages. Les 46 comités de libération, unis depuis mars, ne constituent en rien un double pouvoir ; ils mènent l’épuration - une épuration qui ne .vise guère que de petits trafiquants et des femmes trop… légères - en liaison avec les organes officiels de l’État restauré. Ils remplacent prudemment quelques maires collaborateurs, pétainistes, se font les porte-paroles de la population mais n’administrent point. Dans les zones rurales, où le Front National et les communistes contrôlent les C.L.L., un compromis se prépare avec les notables qui ont résisté, ou, simplement, n’ont pas démérité. Dans la ville un autre type de compromis s’annonce avec Blancho.

De cette sombre époque il peut rester le souvenir d’une situation douloureuse, assez absurde en vérité. Des Français, frustrés de la Libération, ont connu des privations et des exactions de surcroit ; mais c’est à ce moment-là, aussi, que la Résistance a eu ses derniers héros, ses derniers martyrs.

Jean-Aubin

Notes :

[1] AMGOT (administration militaire de gouvernement des territoires occupés). Les Américains considèrent a priori la France comme un pays collaborateur de l’Allemagne nazie, qui doit donc être occupé militairement par eux.

 

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